Victor Segalen, Stèles.
Stèles
du Milieu

Au Démon secret

Le peuple, sans perplexité, vénère. Il encense, invoque ou répudie. Il donne trois, ou six ou neuf prosternements. Il mesure son respect à la compétence, aux attributs, aux grâces qu'il escompte juste.

Car il sait précisément les goûts du génie de l'âtre ; les dix-huit noms du singe qui donne la pluie ; la cuisson de l'or comestible et du bonheur.

o

De quelles cérémonies l'honorer ce démon que je loge en moi, qui m'entoure et me pénètre ? De quelles cérémonies bienfaisantes ou maléfiques ?

Vais-je agiter mes manches en respect ou brûler des odeurs infectes pour qu'il fuie ?

De quels mots d'injures ou glorieux le traiter dans ma vénération quotidienne : est-il le Conseiller, le Devin, le Persécuteur, le Mauvais ?

Ou bien Père et grand Ami fidèle ?

o

J'ai tenté tout cela et il demeure, le même en sa diversité,

Puisqu’il le faut, ô Sans-figure, ne t'en va point de moi que tu habites :

Puisque je n'ai pu te chasser ni te haïr, reçois mes honneurs secrets.


 
 
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Avril 2001.


  

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